D'après une analyse réalisée par Rainforest Foundation Norway, les deux tiers de la couverture originelle des forêts tropicales humides de la planète dans le monde ont été détruits ou dégradés.

Traduction libre de l’anglais effectuée par le Secrétariat du CST Forêt (mai 2021).

Lien vers l’article original (source : Reuters, 08/03/2021) :  Two-thirds of tropical rainforest destroyed or degraded globally, NGO says

 

De nouvelles données révèlent que les êtres humains ont dégradé ou détruit environ les deux tiers de la couverture originelle des forêts tropicales humides de la planète, ce qui suscite l’inquiétude quant à la disparition rapide de ce tampon naturel, pourtant essentiel contre le changement climatique.

La perte de forêts est également un facteur important d’émissions de gaz à effet de serre, dans la mesure où la végétation dense des forêts tropicales représente le plus grand réservoir vivant de carbone.

Selon une analyse réalisée par l’organisation à but non lucratif Rainforest Foundation Norway, l’exploitation forestière et la conversion des terres, principalement à des fins agricoles, ont anéanti 34 % des forêts tropicales humides originelles et en ont dégradé 30 % de plus, les rendant plus vulnérables aux incendies et aux destructions futures.

Plus de la moitié de la destruction depuis 2002 a eu lieu en Amérique du Sud, en Amazonie et dans les forêts tropicales voisines.

Plus la forêt tropicale est détruite, plus l’impact du changement climatique est important, ce qui rend plus difficile encore la survie des forêts restantes, a déclaré Anders Krogh, auteur du rapport et chercheur en forêt tropicale.

“C’est un cycle terrifiant”, a commenté M. Krogh. Le total des pertes entre 2002 et 2019 était déjà plus important que la superficie de la France, a-t-il constaté.

Le taux de perte en 2019 correspondait à peu près au niveau annuel de destruction au cours des 20 dernières années, avec la valeur d’un terrain de football de la forêt disparaissant toutes les 6 secondes, selon un autre rapport récent du World Resources Institute.

L’Amazonie brésilienne a subi d’intenses pressions au cours des dernières décennies, car un boom agricole a poussé les agriculteurs et les spéculateurs fonciers à brûler des parcelles de terre pour le soja, le bœuf et d’autres cultures. Cette tendance s’est aggravée depuis 2019, lorsque le président de droite Jair Bolsonaro a pris ses fonctions et a commencé à affaiblir l’application des lois environnementales.

Mais l’Amazonie représente également le meilleur espoir de préserver ce qui reste de la forêt tropicale. L’Amazonie et ses voisines – la forêt du Delta de l’Orénoque et la forêt tropicale andine – représentent 73,5 % des forêts tropicales encore intactes, selon Krogh.

Le nouveau rapport “renforce le fait que le Brésil doit prendre soin de la forêt”, a déclaré Ane Alencar, géographe à l’Amazon Environmental Research Institute, qui n’a pas participé aux travaux. “Le Brésil possède la plus grande part de forêt tropicale au monde, et c’est aussi celui qui en perd le plus”.

Les îles d’Asie du Sud-Est, appartenant pour la plupart à l’Indonésie, se classent collectivement au deuxième rang en termes de destruction de forêts depuis 2002, une grande partie de ces forêts ayant été défrichée pour les plantations d’huile de palme.

L’Afrique centrale occupe la troisième place, la plupart des destructions étant concentrées autour du bassin du fleuve Congo, en raison de l’agriculture traditionnelle et commerciale ainsi que de l’exploitation forestière.

Les forêts définies dans le rapport comme étant dégradées ont été soit partiellement détruites, soit détruites et remplacées depuis par une croissance forestière secondaire, selon Rainforest Foundation Norway.

La définition donnée par ce rapport de ce qu’est une forêt intacte peut être considéré comme trop stricte, a averti Tasso Azevedo, coordinateur de l’initiative brésilienne de cartographie de la déforestation MapBiomas. L’analyse ne compte comme étant intactes que les régions d’au moins 500 km² (193 miles carrés), laissant de côté les zones plus petites qui peuvent ajouter à la couverture forestière vierge du monde, a-t-il déclaré.

M. Krogh a quant à lui expliqué que cette définition avait été choisie parce que les petites étendues sont exposées au risque de “l’effet de lisière”, c’est-à-dire que les arbres meurent plus vite et que la biodiversité est plus difficile à maintenir à la lisière de la forêt. Une forêt de 500 km² peut assurer pleinement la pérennité de son écosystème, a-t-il ajouté.

Consulter le graphique sur la disparition des forêts tropicales dans le monde

 

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