Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté en mai dernier un avis pour mieux équiper l’Union européenne dans la lutte contre la déforestation importée.

L’Union européenne est en effet responsable de 39 % de la déforestation importée mondiale : conversion des forêts au profit de l’agriculture et de l’élevage, développement des biocarburants, exploitations minières, grands projets d’infrastructures, etc.

Jean-Luc Bennahmias et Jacques Pasquier, rapporteurs au nom de la section des Affaires européennes et internationales du CESE, ont présenté leur analyse du rôle de l’Union européenne dans la lutte contre la déforestation mondiale et leurs préconisations destinées aux principales parties prenantes européennes traitant des sujets ayant un impact sur la déforestation : politique environnementale, commerciale, climatique et énergétique, mais aussi agricole et industrielle.

Les 16 préconisations de l’avis sont structurées autour de trois axes :

  • renforcer la cohérence des politiques de l’Union européenne contribuant à la lutte contre la déforestation importée ;
  • réformer des filières économiques qui contribuent fortement à la déforestation ;
  • renforcer la coopération avec les États tiers producteurs et les acteurs locaux dans la lutte contre la déforestation, en accompagnant la mise en place d’alternatives économiques.

Le sujet est au cœur des travaux menés actuellement par le CST Forêt. Les mentions de l’agroforesterie et de l’agroécologie font particulièrement écho au fait que les approches territoriales constituent désormais une porte d’entrée privilégiée dans les pays forestiers (approches paysage ou juridictionnelles REDD+). Parmi les autres sujets traités en lien avec les chantiers du Comité : la politique agricole commune (PAC), les agrocarburants et les paiements pour services environnementaux.

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D'après une étude publiée dans la revue Nature, les espaces forestiers de cinq pays d'Afrique centrale sont exposés à la fois aux risques liés aux activités anthropiques et au changement climatique.

 

L’étude, coordonnée par le CIRAD et l’IRD et publiée dans la revue Nature le 21 avril dernier, révèle que les espaces forestiers de cinq pays d’Afrique centrale sont exposés à la fois aux risques liés aux activités anthropiques et au changement climatique.

Plusieurs chercheurs préconisent que des actions soient menées « au-delà des frontières nationales » pour la préservation des écosystèmes qui les composent. Afin d’aider à la mise en place des mesures de préservation, ces derniers ont réalisé une cartographie inédite de la vulnérabilité au changement climatique et aux pressions anthropiques à l’horizon 2085. Ces prévisions ont été faites en tenant compte des scénarios du Giec et de l’ONU. Les données et cartes de l’étude accessibles en ligne doivent notamment permettre de “guider le développement de plans d’utilisation des terres”.

Les chercheurs se sont basés sur des données répertoriant plus de six millions d’arbres répartis sur plus de 185 000 parcelles dans cinq pays : Cameroun, République centrafricaine, Gabon, Congo-Brazzaville et République démocratique du Congo (RDC).

Des fragilités très diverses ont été repérées par les scientifiques dans plusieurs lieux. “Les marges forestières du nord et du sud de la région, les forêts atlantiques et la plupart de celles de la République démocratique du Congo, pays qui englobe plus de la moitié des forêts d’Afrique centrale, comptent parmi les plus vulnérables », révèle Bonaventure Sonké, botaniste à l’Université de Yaoundé et co-auteur de l’étude (et par ailleurs membre du CST Forêt).

Des politiques territoriales spécifiques

Les observations qui figurent dans l’étude révèlent qu’il est essentiel que les politiques de préservation soient plurielles et adaptées aux spécificités de chaque territoire.

“Ces résultats doivent maintenant être utilisés, valorisés et appliqués afin d’élaborer des plans d’utilisation des terres qui préservent les caractéristiques des forêts tout en maintenant des connexions entre des zones protégées, grâce à des forêts de production de bois d’œuvre gérées durablement », précise Sylvie Gourlet-Fleury, écologue forestière au CIRAD et l’une des principales coordinatrices de l’étude (également membre du CST Forêt).

 

Lire la publication originale (en anglais) : www.nature.com/articles/s41586-021-03483-6

Sur le même sujet :
https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/en-afrique-centrale-les-forets-tropicales-sont-menacees-92779/

https://www.lepoint.fr/afrique/afrique-les-forets-tropicales-en-danger-22-04-2021-2423376_3826.php

 

Une équipe associant des scientifiques d’INRAE, du CEA et de l’Université d’Oklahoma a combiné des observations satellitaires de la biomasse végétale et de surveillance de la déforestation pour étudier l’évolution des stocks de carbone de la forêt amazonienne brésilienne entre 2010 et 2019. Leurs résultats, publiés dans Nature Climate Change le 29 avril 2021, montrent que la déforestation a fortement augmenté en 2019, passant à 3,9 millions d’hectares (contre 1 million en 2017 et 2018).

Cette étude souligne également que sur ces dix dernières années, la forêt amazonienne brésilienne a rejeté plus de carbone qu’elle n’en a absorbé et que les dégradations de la forêt, causées à la fois par les activités humaines et le changement climatique, en sont la principale cause.

Voici le résumé de cette étude, traduits de l’anglais par le Secrétariat du Comité Forêt :

“La dynamique spatiale et temporelle abstraite de la biomasse aérienne (AGB) et de la superficie forestière a une incidence sur le cycle du carbone, le climat et la biodiversité en Amazonie brésilienne. Ici, nous étudions les changements interannuels de l’AGB et de la superficie forestière en analysant par satellite les ensembles de données annuelles relatives à l’AGB et à la zone forestière. Nous avons constaté que la perte brute de superficie forestière était plus importante en 2019 qu’en 2015, peut-être en raison de l’assouplissement récent des politiques de protection des forêts. Toutefois, la perte nette d’AGB était trois fois plus faible en 2019 qu’en 2015.

Entre 2010 et 2019, l’Amazonie brésilienne a subi une perte brute cumulée de 4,45 Pg C contre un gain brut de 3,78 Pg C, soit une perte nette d’AGB de 0,67 Pg C. La dégradation de la forêt (73 %) a contribué trois fois plus à la perte brute d’AGB que la déforestation (27 %), étant donné que l’ampleur de la dégradation dépasse celle de la déforestation. Cela indique que la dégradation des forêts est devenue le plus grand processus de réduction du carbone et devrait devenir une priorité politique plus importante”.

Lire le communiqué de presse sur : https://www.inrae.fr/actualites/impacts-degradations-environnementales-amazonie-foret-bresilienne-rejette-du-carbone-derniere-decennie

Découvrir la publication originale (en anglais) : https://www.nature.com/articles/s41558-021-01026-5